© Matthieu Croizier
“Polyominos à Nancy a été un cocon important pour moi, rempli de bons moments. Avoir un havre chaleureux, des moyens financiers et humains pour pouvoir pratiquer et expérimenter, a été un point fort de cette résidence. J’ai également compris que ce nouveau point d’ancrage m’avait permis de nourrir et de produire des œuvres radicalement différentes de mon travail habituel, notamment grâce à des rencontres avec le ballet de Lorraine de Nancy. Ces échanges ont pu apporter à ma réflexion de nouvelles formes de perception.”
— Ange Frédéric Koffi
© Polyominos
Ange-Frédéric Koffi est né à Korhogo, dans le nord de la Côte d'Ivoire. Il explore les articulations complexes du mouvement, du voyage et de l'errance dans l'histoire et la pratique de la photographie. Il applique les réflexions postcoloniales contemporaines à travers diverses formes et dispositifs dans la sphère publique pour générer un impact social. Son travail traverse librement des disciplines aussi diverses que l'histoire politique, l'histoire des expositions, l'anthropologie et le design.
Diplômé de la Sorbonne, de la Haute Ecole des Arts du Rhin (HEAR) et de l'Ecole Cantonale d'Art de Lausanne (ECAL), Ange-Frédéric a récemment été nominé pour les FOAM 2022 awards (Amsterdam) et a effectué une résidence au Zeitz MOCAA (Cape Town) en 2022. Il a poursuivi son travail au cours d'une résidence de 3 mois sur le site nancéien du réseau Polyominos.
L'influence des cultures architecturales et textiles ivoiriennes est évidente dans son travail. Les motifs géométriques des papiers peints, des tapis et des meubles forment des constellations qui situent l'œuvre dans une histoire postcoloniale. Son langage visuel est ponctué d'une lucidité qui reconnaît que le "champ de la transcendance est limité" (d'après Césaire) et fait donc des propositions pour les médiums mêmes qu'il utilise. Dans Altération, 2023, l'image inversée d'une voiture n'est pas développée en photographie couleur mais présentée comme le négatif, pris sur un appareil photo argentique. Dans d'autres cas, les photographies sont superposées à d'importantes références textuelles. Ces expériences invitent le spectateur à explorer la relation complexe entre les mondes matériel et immatériel, brouillant les frontières entre la réalité et la métaphysique. À travers son objectif, l'appareil photo devient un outil pour capturer l'étrange, en accordant une attention particulière à des objets apparemment banals, en zoomant et en brouillant les contours, ce qui crée une sensibilité au-delà de la vue.
Alors que la plupart des œuvres d'art s'intéressent à la manière d'occuper l'espace, la pratique d'Ange-Frédéric Koffi simplifie la production affective de celui-ci. Prenant la photographie comme médium principal, ses installations prennent les formes de la sculpture, du textile et de la peinture pour créer une tension palpable entre images et objets.














